Ils font rayonner la visite d’entreprise – Céline Xifra, le cuir dans la peau
Publié le 16 octobre 2026 Par Marie
Comment la visite d’entreprise peut-elle valoriser les savoir-faire et transformer l’image d’un territoire ? Dans le Tarn, l’événement «Graulhet, le cuir dans la peau» ouvre depuis 2017 les portes des entreprises de la filière cuir. Céline Xifra, directrice adjointe de l’Office de Tourisme La Toscane Occitane, revient sur les retombées de cette initiative, les clés de sa réussite et le rôle déterminant du tourisme de savoir-faire pour la valorisation du territoire.

Faire vivre une filière emblématique du territoire
Ouvrir les portes pour révéler une industrie méconnue
La première édition de Graulhet, le cuir dans la peau a eu lieu en 2017. Le constat était assez simple : Graulhet restait un territoire majeur du cuir, avec des entreprises qui travaillaient pour de grandes maisons, exportaient et innovaient, mais cette réalité était finalement peu connue. L’image de la ville restait davantage associée à son passé industriel qu’à l’activité toujours présente derrière les murs des entreprises.
L’idée a donc été d’ouvrir, pendant deux jours seulement, des portes habituellement fermées. Il ne s’agissait pas de transformer les entreprises en sites touristiques, mais de créer une rencontre entre une filière en activité et le grand public.

Découvrir la filière cuir de A à Z
Ce qui fait la particularité de Graulhet, c’est qu’on ne visite pas une entreprise isolée : on découvre toute une filière. Les mégisseries bien sûr, mais aussi la maroquinerie, les machines et outils, la chimie, le négoce, le traitement de l’eau, l’ennoblissement et des savoir-faire très spécialisés.
Le comportement des visiteurs a d’ailleurs évolué. Au début, on venait souvent pour visiter « une entreprise ». Aujourd’hui, on construit plutôt son parcours pour comprendre plusieurs métiers et les liens entre eux : près de 90 % des visiteurs font plusieurs visites, sur une ou deux journées.
Le public est principalement composé de personnes curieuses de patrimoine, de fabrication française, d’artisanat ou d’industrie, mais nous accueillons aussi des étudiants, enseignants, personnes en reconversion ou professionnels. Et ce sont surtout les échanges directs avec ceux qui travaillent dans les entreprises qui donnent tout son sens à l’expérience.
Quand la visite d’entreprise transforme l’image d’un territoire
Visibilité, fierté, attractivité : les retombées de dix ans d’ouverture
Avec dix ans de recul, je dirais que le résultat le plus intéressant n’est finalement pas le nombre de visiteurs. Plus de 15 000 personnes ont participé à l’événement depuis sa création, et nous n’avons pas vraiment de difficulté à remplir les visites : la demande est même souvent supérieure aux capacités d’accueil.
L’enjeu va donc bien au-delà : Graulhet, le cuir dans la peau est aussi une opération de communication au service de toute la filière. Pendant quelques semaines, on parle des entreprises, de leurs métiers, de leurs savoir-faire et de Graulhet bien au-delà des seuls visiteurs accueillis dans les ateliers.
Ce qui me paraît particulièrement intéressant, c’est le changement de regard. En 2025, 9 visiteurs interrogés sur 10 nous ont dit que l’événement avait changé ou enrichi leur perception de Graulhet et de sa filière cuir. Pour moi, c’est probablement le chiffre qui résume le mieux ces dix années. Beaucoup arrivent avec l’image d’une ancienne ville industrielle et découvrent des entreprises modernes, des métiers très techniques, de l’innovation et des marchés parfois internationaux.
Pour les entreprises, c’est l’occasion de montrer ce qu’elles font réellement. Certaines travaillent dans une grande discrétion et le public passe parfois devant leurs bâtiments sans imaginer ce qui s’y fabrique. Il y a une vraie fierté à expliquer son métier et à voir l’intérêt qu’il suscite. Mises ensemble, elles racontent bien davantage qu’une succession de savoir-faire : elles racontent l’identité économique d’un territoire et toute la chaîne du cuir.
Du savoir-faire à la durabilité : une nouvelle façon de découvrir le cuir
Pour cette dixième édition en 2026, nous n’avons pas voulu faire « toujours plus » simplement parce que c’est un anniversaire. Les visites d’entreprises restent le cœur de l’événement.
En revanche, nous avons voulu aller plus loin dans la façon de parler du cuir aujourd’hui. À la Maison des Métiers du Cuir, le fil rouge sera « Créez, réparez, faites durer ! » : travail des chutes de cuir, cordonnerie, entretien des chaussures, customisation, création, expositions… Une autre manière d’aborder la matière, sa durée de vie et les savoir-faire qui l’accompagnent.
Et finalement, cela résume assez bien le chemin parcouru depuis 2017 : au départ, nous voulions surtout faire découvrir une filière que beaucoup pensaient appartenir au passé. Dix ans plus tard, nous cherchons aussi à faire comprendre tout ce qu’elle raconte aujourd’hui.
Ouvrir les portes des entreprises : les bonnes pratiques à retenir
Les clés d’un événement réussi
- La première chose importante est de ne pas chercher la quantité à tout prix. Les visites se déroulent en semaine, pendant que les entreprises sont en activité, avec leurs contraintes de production et de sécurité. Les jauges sont donc volontairement limitées pour garantir de bonnes conditions de visite. Cette proximité avec les équipes garantit toute la qualité de l’expérience.
- Nous avons également appris à élargir progressivement le propos. Les premières éditions étaient très centrées sur la découverte des métiers et de la transformation du cuir. Aujourd’hui, on parle aussi d’innovation, d’environnement, de réemploi, de patrimoine industriel, de reconversion ou de création artistique. L’événement évolue finalement avec la filière elle-même.
- Et une dimension s’est affirmée au fil du temps : celle de la transmission. Faire connaître ces métiers et la technicité des savoir-faire, c’est aussi mieux faire connaître l’industrie et ceux qui y travaillent. Il ne faut pas pour autant idéaliser la situation : la filière traverse des périodes difficiles, des entreprises ferment, d’autres peinent à trouver un repreneur ou à recruter. Nous n’avons évidemment pas, à notre échelle, de réponse directe à ces enjeux. Mais si l’événement contribue à mieux faire connaître ces entreprises, leurs métiers et la valeur de leurs savoir-faire, c’est déjà utile.

Les offices de tourisme, un acteur structurant et un appui pour les entreprises
A tous les offices de tourisme qui souhaitent développer une offre visite d’entreprise, je dirais : partez des entreprises et de leurs contraintes, pas de celles du tourisme.
Une entreprise n’a pas forcément le temps, les équipes ou l’envie de devenir un site de visite permanent. Ce n’est pas nécessaire : on peut commencer avec quelques ouvertures ponctuelles et de petites jauges. L’essentiel est qu’elle puisse rester elle-même et se concentrer sur son activité et la transmission de son savoir-faire.
C’est là que l’Office de tourisme a un vrai rôle de facilitateur : réservations, communication, accueil, organisation, informations pratiques… Plus on allège la charge des entreprises, plus leur participation est naturelle. L’erreur serait sans doute de vouloir trop en demander dès le départ. La confiance se construit progressivement.
De l’initiative locale à une démarche structurée : l’apport d’Entreprise et Découverte
Entreprise et Découverte a été présent très tôt dans l’histoire du projet. En 2017, le tourisme de savoir-faire était encore peu structuré, et pouvoir échanger avec un réseau national nous a aidés à structurer la démarche et à voir ce qui se faisait ailleurs.
Dix ans après, cet échange reste utile : même si chaque territoire a ses spécificités, beaucoup de problématiques sont communes : disponibilité des entreprises, sécurité, médiation ou renouvellement des publics.
👜 « Graulhet, le cuir dans la Peau », les 21 et 22 octobre 2026. Programme et informations ici
































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