3 questions à Anthony Vitorino, journaliste expert du Made in France

Faire entrer le public au cœur des lieux de production est aujourd’hui un levier puissant pour mieux comprendre le Fabriqué en France et ses enjeux. La visite d’entreprise participe à la valorisation des savoir-faire, au lien avec les territoires et à la reconnaissance du travail industriel.
Pour ouvrir l’année 2026, nous avons interrogé Anthony Vitorino, journaliste expert du Made in France et animateur des dernières Rencontres nationales de la Visite d’Entreprise, afin de croiser son regard sur ces sujets clés et les perspectives à venir.

Bonjour Anthony, ton parcours est intimement lié au Made in France. Journaliste, rédacteur en chef du magazine Fabriqué en France pour Origine France Garantie, tu observes depuis de nombreuses années les mutations de l’industrie française. Qu’est-ce qui a fondé cet engagement, et quelles valeurs guident aujourd’hui ton regard sur celles et ceux qui fabriquent en France ?

À l’origine, j’avais simplement envie de parler de celles et ceux qui FONT la France. Des entrepreneurs, des ouvriers, des ingénieurs, des artisans. Des femmes et des hommes qui produisent, innovent, prennent des risques sur nos territoires.

Cet engagement s’est naturellement incarné dans le Made in France, à une époque où ce n’était ni tendance ni consensuel. Certains y voyaient une vision extrémiste, d’autres quelque chose de ringard. Moi, j’y voyais surtout un angle journalistique majeur et un enjeu économique sous-estimé.

Cela fait aujourd’hui treize ans que je m’y consacre à 100 %. Comme journaliste engagé, parfois militant au sens noble du terme : expliquer, documenter, donner de la visibilité, sans simplifier à outrance ni céder aux slogans.

En novembre dernier, tu as animé les Rencontres nationales de la Visite d’Entreprise à Lyon. Avec le recul, quel regard portes-tu sur le rôle de la visite d’entreprise dans la valorisation du Fabriqué en France ? En quoi est-elle, selon toi, un levier stratégique pour mieux faire comprendre les enjeux industriels et renforcer l’ancrage territorial des entreprises ?

La visite d’entreprise remet du réel dans le débat. Quand on entre dans une usine ou un atelier, on comprend immédiatement ce que signifie produire en France : les investissements, les contraintes, les équipes, les savoir-faire. Cela change le regard du public, mais aussi celui des décideurs.

©Jérôme Poulalier / RNVE 2025

💡 C’est un formidable levier pédagogique et territorial. Ouvrir ses portes, c’est créer de la fierté locale, recréer du lien avec les habitants, susciter parfois des vocations. Dans un contexte de réindustrialisation, la visite d’entreprise est devenue stratégique : elle rend visible l’industrie et la rend compréhensible.

Place maintenant à l’année 2026. Le Made in France évolue dans un contexte économique, social et politique complexe. Quelles perspectives tu identifies pour les mois à venir, et quels signaux faibles ou dynamiques positives mériteraient selon toi d’être davantage mis en lumière ?

Le contexte reste complexe, mais je vois des dynamiques très encourageantes. De nombreuses entreprises montent en gamme, investissent dans la qualité, la traçabilité, l’innovation. Des filières se reconstruisent progressivement sur le territoire, portées par des PME très agiles.

On observe aussi une prise de conscience forte autour du numérique et de la souveraineté technologique. Surtout, le Made in France n’est plus défensif. Il devient stratégique, désirable, exportable. Pour 2026, l’enjeu sera de continuer à structurer cet élan collectif et à rendre ces transformations lisibles auprès du grand public.

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